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Trouver des divx - Le P2P et la loi






Pascal Cohet, de la ligue ODEBI nous répond et répond à Pascal Nègre

Quelques jours après la pétition du Nouvel Observateur - que nous avons signé à LAVIENUMERIQUE, et après les réactions outrées d'une majorité de producteurs et d'élites bien pensantes, il était intéressant de continuer l'exploration du sujet de la musique et le P2P, en interviewant des acteurs participant au débat. Avant de rencontrer l'ADAMI, une société qui gère les droits des artistes, nous avons pu interviewer Pascal Cohet, de la ligue ODEBI, sur son appréciation de la situation. Voici ces réponses, qui ne tournent pas autour du pot et ne cèdent pas à la langue de bois ...






Pouvez-vous nous repréciser en quelques mots qui est Odebi, qui sont ces membres et la mission qu'elle s'est donnée ?


La Ligue Odebi est une entité opérationnelle apolitique qui défend les internautes depuis mars 2002, contre tous types d'atteintes à leurs droits, intérêts et libertés. Odebi a ainsi mis en oeuvre les moyens efficaces nécessaires lors de l'affaire pèrenoël (ndr: le site Web Pèrenoël a été condamné en justice depuis), ou encore au cours du processus d'adoption de la LEN. Quelle est votre réaction directe à la condamnation de l'enseignant à Pontoise ? Et que vous inspire les réactions qu'elle a suscitées à son tour (P.Nègre, P.Devedjian, M.Guez, etc.) Cette condamnation est la conséquence de la stratégie de l'industrie phonographique qui vise à dissuader les internautes de télécharger de la musique copyrightée en faisant des "exemples". Patrick Devedjian fait un pas dans la bonne direction quand il dit qu'il faudrait que "ces poursuites soient mieux ciblées, et concernent prioritairement la toute petite minorité de pirates qui font commerce des téléchargements illicites." Cette déclaration aurait cependant mieux été acceptée par le public si elle avait été tournée de cette façon : " et ne concernent que la toute petite minorité de pirates qui font commerce des téléchargements illicites. " Patrick Devedjian doit savoir qu'il n'est pas élu par les majors, mais par les citoyens français.....











Quelle solution a votre faveur pour résoudre le problème, si problème vous considérez qu'il y a ?


Plus exactement, le problème n'est pas là où la plupart des gens le voient : l'industrie phonographique trompe le public en affirmant que le p2p est la cause de ses baisses de ventes (à titre d'exemple : L'auteur de l'étude CERNA qui tentait d'étayer cette thèse n'a pu que saborder son rapport en répondant aux questions précises de la Ligue lors d'une conférence à l'assemblée nationale, et jamais la vente de CD ne s'est aussi bien portée au Royaume-Uni "malgré" la part d'usage P2P dédiée au partage de contenus copyrightés). Ensuite, il n'y a pas de préjudice : le MP3 n'est qu'un ersatz de CD, c'est du son compressé, une vague photocopie de l'original que l'internaute achètera si la pré-écoute MP3 lui a plu. Enfin, à supposer que l'on rejette ce dernier argument, il est urgent de rappeler que l'industrie phonographique se "sucre" allègrement sur le dos des français via les taxes sur les supports numériques, établies de façon illégitime, dans des conditions douteuses. à chaque fois qu'un français veut sauvegarder ses photos de vacances, il devrait payer une taxe à cette industrie sur son support de sauvegarde ? Ce racket légal ne peut que provoquer l'agressivité du public ou de saines actions de légitime défense, et certainement pas une reprise des ventes de CD. Qui plus est, rajouter à cela une taxe sur les abonnements serait totalement inacceptable, et politiquement suicidaire. L'industrie phonographique n'est pas propriétaire du Net : une taxe à son profit, au détriment des plus démunis qui ne pourraient tout simplement plus accéder au Net serait indigne d'une démocratie évoluée. Enfin, une telle taxe (les puristes parlent de redevance) est de l'argent public : dans une démocratie digne de ce nom, l'argent public ne peut servir qu'à répondre à des besoins publics (santé, éducation, etc.). L'industrie dite "culturelle" pourrait faire valoir qu'elle participe à produire de la culture. Seulement il faudrait un critère déterminant les frontières de la "culture". A défaut de critère (quasi-impossible à établir), dans la quantité produite par cette industrie, le public a quand même une petite idée de ce qui rentre dans le domaine de la culture, ou dans le domaine de l'alibi culturel permettant de bénéficier de l'argent public. Les français qui ont déjà du mal à se payer leur abonnement au Net n'ont pas vocation à payer l'essence des porsches de stars débarquant dans la cour de l'élysée pour appeler à la chasse aux internautes, ou à payer des sous-vêtements chics à divers membres des sociétés de perception de droits à l'occasion de telle ou telle manifestation annuelle dans le sud de la France, comme la cour des comptes a pu le relever.


Avez-vous des discussions avec des sociétés gestionnaires de droits d'auteur, voire avec des auteurs/compositeurs et interprètes eux-mêmes ?


Sporadiquement. Lors du débat sur la LEN, quand l'industrie phonographique voulait privatiser la justice du Net, faire surveiller les contenus, filtrer les frontières du Net français, ou supprimer le caractère de correspondance privée du courrier électronique, Odebi a essayé de nouer un dialogue, mais sans réponse. Aujourd'hui qu'il s'agirait d'instaurer une taxe sur les abonnements, certaines composantes de cette industrie rêveraient d'avoir le soutien des internautes... Ce que l'on attend aujourd'hui des artistes c'est qu'ils prennent conscience des mesures totalitaires demandées lors de la LEN par les majors, c'est qu'ils participent à lutter contre l'instauration d'un technofascisme qui ne servirait qu'à défendre les intérêts économiques de ces sociétés, quitte à rentrer en conflit avec leurs maisons de disque..... c'est le prix de leur crédibilité, de la sauvegarde du lien qui les unit à leur public, voire de la viabilité des prochains modèles d'échanges entre créateurs et public.


Concrètement êtes-vous prêt à lancer votre organisation dans une série de débats publics pour la sauvegarde de la musique, sans "mise à mort" des internautes adeptes du télécharement ?


Oui, même si les débats ont déjà bien avancé, en étant d'ailleurs relayés de façon tout à fait "diverse" selon les différents médias.....


Pour vous, les majors et les intermédiaires (très nombreux) dans la musique sont-ils les principaux freins à une solution négociée ?


La réalité est beaucoup plus complexe : accords wipo, droit européen, conflits internes au monde de l'industrie culturelle (entre majors et artistes, sociétés de perception, ... pourquoi les web radios ne se sont-elles pas développées? d'où viennent les problèmes de mise à disposition des catalogues? etc.), sans compter des interêts politiques divergents, des dissensions internes... Au total, les internautes sont en fait plutôt les victimes de problèmes dont ils ne sont pas responsables. S'agissant des intermédiares et des majors, on entrevoit pour l'avenir une relation beaucoup plus directe entre les créateurs et le public, comme l'annonçait récemment Manu Chao : "Les grosses maisons de disques sont en train de mourir, il n'y a plus de place pour elles. C'est comme la fin des dinosaures: il y a un changement de climat". Envisagez-vous des solutions symboliques (par exemple des formes d'embargos ou autres) pour obliger pouvoirs publics, boîtes de disques, sociétés d'auteurs, artistes, internautes et FAI à se mettre autour d'une table pour négocier une formule "viable" ? D'une manière générale, Odebi (qui appelle au boycott de l'indutrie culturelle:cf odebi.org/boycothon ) utilisera tous les moyens efficaces dont elle dispose pour faire comprendre aux majors et aux politiques qu'il faut cesser la chasse aux sorcières, et arrêter de prendre les internautes pour des vaches à lait.. Si cette chasse continue, il faudra supprimer toutes les redevances existantes sur les supports : on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Cela vaut aussi en particulier pour la tentative de transposition en droit français de la directive européenne EUCD, ou de tout projet de loi qui pourrait tendre à arnaquer les citoyens français.



Gérard Clech


Date de création : 10/02/2005 @ 11:55
Dernière modification : 14/03/2007 @ 17:37
Catégorie : Trouver des divx


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